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Vreel

La rame s’arrêta à la station Montparnasse-Bienvenüe.

 

Il était là, allongé sur le quai, emmitouflé dans un sac de couchage gris misère, il dormait.

 

- Salut !

 

Il se réveilla, sursautant.

 

- T’es qui ?

- Personne : j’ai envie de passer la journée avec toi.

- T’es taré ? J’te connais pas !

- Moi non plus, je ne te connais pas, et alors ?

 

Il me regardait, hagard, se demandant si je n'étais pas fou et par son sourire il répondit à ma proposition.

 

- Ok, après tout…

Il se retira du sac de couchage, remit ses chaussures usées, enroula sa maison de fortune.

- Je te suis !

- En avant donc !

 

Nous longeâmes les couloirs interminables de Montparnasse, il laissa ses affaires à une consigne et nous sortîmes.

 

- D’abord, on va prendre un bon petit-déjeuner.

 

Il n’était que huit heures du matin, le printemps venait de naître hier et le soleil dominait déjà l’espace, il faisait bon et beau, les gens paraissaient heureux.

 

Assis dans le coin d'un café, il me raconta sa vie, son enfance heureuse et sans problèmes puis la mort de son père qui bouleversa son existence : les mauvaises fréquentations, l’abandon de sa mère qui devait se demander depuis tant d’années où se trouvait son enfant unique, sa malchance, de boulot en boulot, sa descente dans la pauvreté et sa fiancée qui le quitte pour un autre.

 

Je lui dis qu’il aurait pu changer tout cela, qu'on a le contrôle de notre vie, que l'on peut rebondir sur nos malheurs et qu’aujourd’hui, tandis qu'il dévore ce croissant, il a encore ses chances pour tout changer.

 

Mais ça, c’était à moi de lui montrer.

 

Je payai, et nous sortîmes.

 

- Tu connais Paris ?

- A part ma place où je dors…

- Allez, on y va !

 

Je courais sur les trottoirs, les gens se poussaient, étonnés de mon empressement et il suivait derrière, en riant. Il me rattrapa, me pris la main en souriant.

- Redonne-moi le goût d’aimer !

 

Je lui souris en guise de réponse et main dans la main, nous arrivâmes devant le Champ de Mars vert et désert. Les arbres s’agitaient sous un petit vent discret et la Tour d’acier nous accueilli.

 

- Viens te jeter dans le vide avec moi !

 

Nous gravîmes les marches et arrivés au second étage, les mains appuyées contre nos cuisses, nous reprenions notre souffle en riant.

 

Regardant la ville s’étaler devant nous, dévoilant ses secrets que seule la hauteur d’un tel monument peut nous donner, nous nous imbibions de cette beauté.

 

Je lui repris la main, nous redescendîmes, le cœur empli de bonheur, comme deux adolescents découvrant une joie soudaine et je l’emmenai voguer sur la Seine, le visage secoué par l’émotion et laissant les ponts se prosterner à nos pieds. Là, nous nous reposions. La ville nous dévoilait encore un peu plus de ses mystères et nous écoutions la guide du bateau-mouche nous les raconter.

 

La ballade terminée, nous nous engouffrâmes dans le métro pour aller à Abbesses découvrir Montmartre.

 

Nous prîmes le grand escalier qui donne le tournis et le soleil nous accueillit de toute sa chaleur. L’église de fer nous donna le bonjour et les petites rues menant sur les hauteurs nous appelaient. Nous marchions lentement, admirant la boutique des anges, la place du Tertre. Le Sacré-Cœur nous invitait à sa vue extraordinaire.

 

Nous redescendîmes par les rues touristiques, serrant la main au Passe-Muraille ; le Lapin Agile et son mur rose, les vignes encore fleuries, le dernier moulin, nous donnaient une image du passé, des temps durs de début de siècle ; la maison de Dalida nous rendit nostalgiques, Salvatore Dali régnait en maître près de Plumeau, Saint-Denis le "céphalophore" toujours roide et le funiculaire menant vers le plus beau quartier de Paris.

 

Mon ami était heureux, il voyait les gens s’aimer, les enfants prendre la main des parents, il se redécouvrait.

 

- Comme c’est beau ! Comment ai-je pu rater tout cela ?

- Pour la simple raison que tu n’y pensais pas, on passe souvent à côté des petits bonheurs, il vaut mieux s’en rendre compte de suite avant qu’il ne soit trop tard.

Il pleura, je le laissai ainsi, il était si beau !

 

- Merci !

-Tu veux que je te fasse découvrir un autre coin parisien ? Le canal St Martin ? Les Invalides ? La maison de Rodin ?

- J’ai envie de dire "Je t’aime". Tu viens avec moi ?

-Je reste avec toi jusqu’au bout !

 

Là, c’est moi qui courais derrière lui.

 

-Viens, j’ai envie de rendre heureuse celle que j’aime !

 

Nous traversâmes boulevards et rues sous les coups de klaxons menaçants des conducteurs qui nous traitaient de fous. Le soleil était de la partie, il rebondissait au-dessus des toits et mon ami était heureux.

 

Après un long trajet, nous nous arrêtâmes devant une maison. Son architecture haussmannienne, ses deux atlantes tenant le balcon du premier étage indiquaient un univers bourgeois.

 

-Attends-moi, je reviens !

 

Il entra, après avoir poussé un soupir d’appréhension.

 

Il regardait la sonnette. Son doigt était là, en suspens. Il le retira, réfléchit quelques secondes. Il repris son souffle et respira, retrouvant son calme et son doigt appuya.

 

Le silence paraissait oppressant, angoissant quand un petit bruit de serrure se fit entendre.

 

Une petite dame courbée leva la tête, le visage marqué par le temps mais les yeux restés identiques à ses souvenirs, les mêmes yeux qui lui donnaient la définition de l'Amour…

 

- Maman !

 

Son regard restait immobile devant ce grand homme aux cheveux bruns remplis d'épis et les yeux de cet homme ne faisaient aucun doute.

 

- Toi !

 

Et ils se serrèrent l'un contre l'autre, les paroles avaient laissé place aux larmes et leurs corps ne faisaient plus qu'un. Ils savaient qu'ils n'avaient jamais cessé de s'aimer…

 

Ils entrèrent et la porte se referma derrière eux…

 

Je me demandais quelle folie m'avait poussé à agir ainsi avec cet homme, pourquoi m'étais-je infiltré dans sa vie, je me sentais soudain ridicule et si petit…!

 

Revoilà mon ami !

 

- Alors ?

-Je t’aime !

 

Et il m’embrassa.

 

-Je suis heureux aujourd’hui…Enfin !

 

Nous nous retirâmes, calmement cette fois-ci : je vis une femme âgée qui nous regardait d’une grande fenêtre et qui souriait d’émotion. Alors, je compris…

 

Il se faisait tard quand il acheva de me raconter sa rencontre avec sa mère, après tant d’années. Il parlait avec de grands gestes, des sourires énormes, des larmes de joie mouillaient ses joues et son café était froid depuis des heures.

 

Il continuait le récit qu'il avait déjà commencé au café, je le regardais s'enthousiasmer et je me disais que cet homme irait directement au Paradis quand ses yeux en auraient assez de s'ouvrir et je souriais de le voir heureux, vif, passionné… Je ne savais pas que le bonheur était si simple !

 

Le soleil enflammait les toits de Paris d’un orange éblouissant.

 

Nous regagnâmes la station Montparnasse-Bienvenüe, il récupéra son sac de couchage, déplia sa maison de tissus et s’allongea.

 

- Merci ! Merci pour le plus beau jour de ma vie…

 

Je lui souris en lui serrant fort la main.

 

La sonnerie qui annonce la fermeture des portes retentit et je suis là, le regardant, la tête toujours collée à la vitre et mon imagination prend soudainement fin. il est toujours allongé, bien au chaud, il ne saura jamais combien de fois il a pu me faire rêver, combien de fois mon cœur s'est emballé rien qu'en le regardant et qu'en fin de compte, par rapport à lui, je ne suis rien…

 

Et la rame s’engouffre dans le tunnel…

Tags associés : clochard

J'kaz !
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Mercredi 07 Février 2007Poster un commentaire

Sam ne s'était pas réveillé de la nuit, il se sentait bien mais, quand il vit son linoléum, il eut l'impression que celui-ci le haïssait et ne désirait que le détruire, l'avaler, le digérer et il prit peur.

Pourtant, il devait aller coûte que coûte dans le living-room où se trouve le téléphone trouver de l'aide, son ami Tom habitait à côté, il serait là très vite. Mais comment se lever sans marcher sur ce linoléum vorace ? Une idée germa dans son esprit torturé : il devait tout d'abord poser ses pieds sur sa descente de lit et glisser dessus afin de pouvoir atteindre le couloir.

Il posa un pied, le deuxième, rien ne se passa, le tapis n'était pas de mèche avec le linoléum : il soupira. Il se leva de son lit et glissa le tapis jusqu'à la porte de sa chambre et vit le couloir.

Pour atteindre le living-room, il ne pouvait pas y aller avec le tapis, celui-ci était bien trop grand pour ce petit couloir : il se sentit défaillir, il imagina déjà le linoléum en train de le dévorer. Il devait se calmer, trouver une solution

C'est à cet instant qu'il vit les plinthes : mais oui ! il devait poser ses pieds dessus et glisser ainsi jusqu'au living-room ! Il souria à cette idée et commença l'exercice. Il savait qu'il ne devait pas tomber, il n'y avait aucun tapis dans le couloir, s'il tombait, c'était sa fin mais il devait y arriver !

Calmement, ses pieds s'agrippèrent sur les étroites plinthes et, à la lenteur d'un caméléon, ses mains posées sur le mur en appui, il arriva au living-room, sauta et attérit sur le plancher. Il cria de joie : il avait vaincu le linoléum. Il téléphona à Tom.

- Bonjour Tom, c'est Sam !

- Oui, Sam : que me veux-tu ?

- Je suis heureux de te dire que je viens de battre le linoléum, il n'a pu me manger !

- Quoi ? C'est quoi ce délire ?

- Je suis content Tom, content !

- Ok...Tom raccrocha, laissant Sam un peu pantois.

Bon, maintenant, il devait retourner dans sa chambre pour se procurer des habits. Il fit le même parcours sur les plinthes et sauta sur le tapis de sa chambre, près de la porte mais, il se positionna mal et le bout d'un talon se posa sur le linoléum.

Soudain, comme possédé, le linoléum absorba lentement ce talon, entraînant Sam dans son maëlstrom béant, qui essaya de se rattraper à ce tapis qui l'avait trahi. Il se mit à hurler, mais le tapis fut entraîné dans sa chute et le linoléum l'absorba.

- Sam ?

C'était Tom, il avait toujours une clé avec lui, il entrouvit la porte et entra sa tête dans l'appartement.

- Sam, t'es où ? Excuse-moi pout tout à l'heure, je sais combien tu souffre mentalement...

Pas de réponse, il entra et posa ses pieds sur le linoléum du couloir. Il appela de nouveau son ami et vit son corps recroquevillé, le tapis dans ses deux bras, au pied de sa chambre.

- Sam !

Sam était mort, victime d'une de ses nombreuses hallucinations.

 

Tags associés : talon

J'kaz !
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Jeudi 08 Février 2007Poster un commentaire

Je suis une jolie fille et je me promène dans la rue. Ma tête est remplie de rêves, d'espoir !

 

Je sais que je suis belle, je le vois dans mon miroir et je sais également que je ne suis pas une fille facile et agressive : je suis délicate, je demande attention et sentiments et j'ai besoin qu'on m'aime !

 

J'aimerai tomber amoureuse de ce beau jeune homme, assis sur le banc public, il lit et regarde parfois dans les environs, il sourit aux enfants qui tournent sur le manège et qui rient et il continue sa lecture. Je pourrai également aimer cet homme qui attend ses enfants à la sortie de l'école et qui serre contre lui ses progénitures qui ont sauté dans ses bras . Et ce jeune homme qui travaille sans relâche et qui reste attentif à la demande des clients…

 

Alors, j'aurai le plus beau mariage, je serai virevoltante dans ma robe longue et soyeuse et je tournerai à m'en faire mal à la tête ! J'embrasserai sans cesse mon mari et mes cheveux inonderont son visage beau et heureux et on s'aimera toute la vie dans une belle maison où nous accueilleront les gens aimés !

 

Je lui donnerai de beaux enfants qui seront gentils et un peu espiègles, nous les regarderons évoluer, devenir grands et ils partiront pour nous donner, eux aussi, de beaux petits enfants !

Je serai la plus heureuse des mères et des femmes !

 

Nous nous échapperons dans la nature, nous suivrons la trace des oiseaux, nous sillonnerons les océans et nous volerons dans les airs pour crier notre amour !

J'aurai des amis sincères et fidèles, tout comme mon mari !

Oui, mais…

 

Je me nomme Khalifa et mes yeux se perdent dans le grillage qui les empêche de s'échapper et de devenir libres ! Je suis habillée tout de noir, on ne me voit pas, je suis cachée dans cette prison de tissus et j'envie les femmes qui embrassent leurs aimés, leurs enfants et dont les yeux affrontent l'horizon…

 

Je suis mariée avec un homme qui a 20 ans de plus que moi, que je n'ai pas choisi, un homme qui n'a aucun amour et ne me parle jamais sauf quand il me frappe en m'insultant parce que je ne lui ai pas encore donné un enfant…J'ai à peine 22 ans et je suis déjà morte !

 

Alors, le soir, quand la maison dort, je me déshabille avec lenteur sans bruit et je m'admire dans mon miroir. Je coiffe mes beaux cheveux de jais, je donne vie à mes yeux amandes et je mets une jolie robe, celle de mon "mariage"…

 

Alors, je suis de nouveau belle et un prince charmant vient m'arracher à mon destin. Il me porte dans ses bras noueux et me sourit de ses belles dents et mes yeux éclatent de bonheur et je suis enfin heureuse !

 

Il me dépose sur la croupe de son cheval ailé et il s'assoit devant moi. J'enserre sa taille et nous traversons le ciel vers la lumière libératrice et je suis enfin MOI !

 

 

 

 

Dans le lointain, j'entends comme des sirène et j'ai un goût de sang dans la bouche…

Tags associés : habit, noir

J'kaz !
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Mercredi 07 Février 2007Poster un commentaire
Marco, tu m'as quitté,
Le SIDA t'a terrassé.
Bercé tout contre moi
Tu recherchais la foi,
Je n'ai pu te la donner
Mais tu étais satisfait,
Ma présence te suffisait
Je ne t'ai pas assez aimé.
 
Marco, tu m'as quitté,
Le SIDA t'a terrassé.
J'aurai dû venir plus tôt
T'aider contre le fléau.
Lorsque tu m'as appellé,
Quinze jours il te restait
Quinze jours de bonheur
A dormir tout contre mon coeur.
 
Marco, tu m'as quitté,
Le SIDA t'a terrassé.
Jamais je ne t'oublierai,
Tu seras toujours dans mes pensées.
Le soir quand tu m'as dit je t'aime 
Le lendemain tu n'étais plus là.
 
Oh, Marco, dans tes yeux blêmes
Je savais que tu pensais à moi.
 
Maintenant tu n'es plus là,
Je me rappelle à chaque fois,
Tu seras toujours au fond de moi,
Jamais personne ne te chassera.
Je sais bien que là où tu es
Tu as retrouvé la paix,
Oh, Marco tu m'as quitté
Le SIDA t'a terrassé.
Je sais bien que là où tu es
Tu as retrouvé la paix.
 
Oh, Marco! tu m'as quitté
Le SIDA t'a terrassé...

 

Tags associés : Marco

J'kaz !
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Vendredi 03 Août 2007Poster un commentaire

J'étais impatient d'entendre sonner la cloche annonçant la fin du cours. Je me tordais les doigts de nervosité, je regardais tout le temps la grosse pendule murale au-dessus du tableau et je tentais désespérément de faire avancer le temps : c'est long quand on sait que l'on va vivre un week-end merveilleux chez Grand-Père !

 

Je l'aime mon Grand-Père!

 

C'est l'être humain le plus fantastique sur la Terre et la Planète et dans l'Univers, partout, car c'est mon Grand-Père !

 

Me parents me déposent chez Grand-Père car ils travaillent le week-end et c'est mon Grand-Père qui va veiller sur moi.

 

J'ai hâte de le retrouver car mon Grand-Père me raconte des histoires. Mais pas n'importe lesquelles ! Non, mon Grand-Père il connaît les mots qui font penser et réfléchir, il devine les sentiments !

 

Mon Grand-Père, il n'est plus tout jeune, il a de beaux cheveux blancs et j'ai vu une fois la clarté du soleil réfléchir dedans : c'était beau ! Il a de grands yeux bleus qui brillent et qui donnent plein de bonheur quand ils vous regardent. Il est encore habillé comme avant, il a en lui les restes d'un temps passé, comme sa petite maison conte de fées : elle est toute mini, sa maison !

Elle fait riquiqui mais c'est la plus belle. Son toit est en chaume résistant, ses volets sont verts et les fenêtres ont de petits carreaux, comme les grandes maisons de riches ! Quand on entre à l'intérieur, les meubles sont des siècles qui passent et qui donnent malgré tout de la fraîcheur

 

Je ne saurais pas dire quel est le temps donné à un buffet ou une commode, mais je sais qu'il est loin derrière moi, tout comme il est loin derrière Grand-Père aussi.

 

C'est une petite maison où on se sent en sécurité tout de suite. Le poêle est toujours allumé, il y a des cadres de plein de gens qui ont donné à mon Grand-Père beaucoup d'amour et de joie, et il y a le chien fidèle Ballot !

 

Ballot est le surveillant de mon Grand-Père, il est toujours près de lui, même quand mon Grand-Père dort ou fait la sieste ou quand il lit un peu devant la cheminée douce de feu. Mon Grand-Père sait qu'il ne lui arrivera rien avec Ballot à ses côtés, et Ballot prend son rôle très au sérieux ! Il est beau, Ballot !

 

Derrière la petite maison, il y a un jardin et c'est mon Grand-Père qui y cultive ses légumes tout seul ! Il a parfois mal au dos, mais ses légumes le lui rendent bien sa gentillesse car ils poussent vite et gros et je l'aide , ça m'amuse et il me raconte toujours quelque chose quand je travaille avec lui.

 

Moi, je suis certain que personne d'autre a un Grand-Père comme le mien et mes parents en sont très fiers et moi aussi !

 

Et c'est là que je suis heureux : la pendule sonne enfin !


Là, je suis dans la voiture qui va me mener vers mon Grand-Père.

 

Mes parents étaient pressés de partir, leur travail ne leur donne pas beaucoup de loisirs, ni de s'occuper trop de moi mais c'est pas grave, ils m'aiment beaucoup et savent que je suis heureux chez Grand-Père !

 

Mon Grand-Père, il n'a plus de femme et je n'ai pas connu ma Grand-Mère : je sais qu'elle était très jolie et gentille et pleine de douceur comme mon Grand-Père et qu'elle racontait aussi des histoires, c'est mon Grand-Père qui me l'a dit !

 

Mon Grand-Père, il me dit que je dois toujours regarder le paysage car la nature est très belle : il y a pleins d'animaux sauvages comme le renard, l'épervier, et qu'on doit les laisser libres et que la chasse ne devrait pas exister. Mon Grand-Père n'aime pas les bruits des fusils. Parfois, il me raconte des histoires où il y a des chasseurs, il me fait la morale : il vaut mieux regarder que chasser !

Il a raison, mon Grand-Père !

 

Alors, le nez contre la vitre de la voiture, je regarde la nature, je mémorise ce qui me semble étonnant et bizarre et je pose pleins de questions à mon Grand-Père qui comprend tout sagement, m'explique tout ce que j'ai vu  : je sais maintenant ce qu'est un grand saule, les peupliers pliants et les chênes qui ont un fruit qui fait le bonheur des cochons, je sais aussi qu'on peut manger des fênes qui tombent d'un arbre aux branches molles et que certains dictionnaires ne connaissent pas alors je suis content que mon grand-Père soit plus intelligent que le "Petit Robert" et je n'ai pas besoin d'images pour comprendre !

Mon Grand-Père, c'est le plus fort !

 

Quand il était jeune, il cassait des troncs d'arbres avec sa grande hache qui est accrochée dans le cellier qui colle à sa petite maison, d'un  seul coup ! Mon père, il était impressionné et fier, il n'est jamais arrivé à faire pareil !

Aujourd'hui, on livre le bois à mon Grand-Père, celui qu'il cassait avant et il fait bien chaud chez lui et Ballot, il aime bien la chaleur, il est souvent allongé sur le tapis en face la cheminée et moi, j'aime bien dormir contre Ballot, il est doux et calme.

 

Aujourd'hui, j'ai vu un épervier, ce petit oiseau aux grandes ailes qui ressemble à un aigle mais en plus petit, j'ai vu aussi des hérons aux grandes pattes fines et au long bec, ils te regardaient comme si tu n'existaient pas et ils volaient très bas !

J'ai vu aussi des petits lapins qui courraient partout dans les plaines et, quand on s'est arrêté pour se reposer, j'ai essayé d'apercevoir l'alouette qui chantait tout là-haut dans le ciel mais, comme d'habitude, elle était invisible.

 

Mon Grand-Père dit que la nature, c'est ce qu'il y a de plus beau après moi !

Il me fait sourire, mon Grand-Père !

 

Nous avons déjeuné rapidement, près d'une source.

Il y avait des libellules qui tourbillonnaient au-dessus de l'eau claire, à l'assaut des moustiques. Le soleil brillait comme un gros citron bien lavé et essuyé, il faisait chaud mais je savais que là ou habite Grand-Père, il y fait frais. On a enlevé les détritus de la table et reprit la route : mon Grand-Père est au bout du voyage !

Alors, je décidais de m'endormir…

- Debout, Nicolas : nous sommes arrivés !

 

J'ouvris grand les yeux, doucement et je la vis, cette petite maison où déjà Ballot remuait la queue de joie de nous revoir. Il aboya avec ferveur, annonçant à mon Grand-Père notre arrivée.

 

Mon Grand-Père sortit du cellier et sourit en voyant la voiture : comme il est beau  quand ses lèvres bougent et lui redonnent un air de jeunesse …Mon cœur bondit dans ma poitrine, je sortis et sauta dans les bras de mon Grand-Père !

- Grand-Père !

- Mon petit !

Il me serra très fort, j'aime ses grands bras fermes de cultivateur et chatouiller sa barbe de mes cheveux.

C'est vrai, j'avais oublié : Grand-Père à une barbe de Père Noël mais en plus petite et aussi belle, douce et bien taillée !

Il me relâcha en m'embrassant la tête.

- Bonjour, mes enfants !

Mon père fut heureux de revoir son père, et ma mère aussi, de les voir tout deux s'enlacer tendrement. Elle aime voir mon père redevenir enfant et répéter les mêmes paroles à chaque retrouvailles : nous sommes ses trois hommes adorés !

Mes parents, ils sont chouettes !

 

Après quelques heures à écouter la famille parler, il était l'heure de se quitter, les lèvres bougeaient comme celles des bébés et les yeux devinrent brillants.

Tout le monde se serra fort, très fort, et la voiture s'éloigna et je laissai le silence envahir le lieu afin que mon Grand-Père ait le temps de se ressaisir et de commencer à parler..

 

- Allez viens, petit, on va faire le tour de la maison !

 

Il y avait des sortes de joncs qui avaient poussés sur le toit de chaume de la petite maison, ils avaient à chaque bout une petite fleur bleutée ou mauve, c'était coloré.

Mon Grand-Père m'emmena revoir Jules, le vieux cheval de traie et son amie Clarinette, la vache aux couleurs de l'arc-en-ciel tant elle était bigarrée, s'en était même étrange de voir cette vache aux vives couleurs être de cette région…

Ce qui est bien avec les animaux de mon Grand-Père, c'est qu'ils se laissent caresser et ils aiment ça !

Jules, il est très vieux à ce que m'a dit Grand-Père, et bien qu'il soit lent, il se porte à merveille, comme Clarinette qui meugle à chaque venue et fait de même à chaque départ, c'est sa façon de dire bonjour et au revoir !

Il y a aussi Gustave, le jars : il est assez jaloux de Ballot avec qui il se chamaille régulièrement ! Ce sont d'incessants jappements et couinements !

Cela amuse Grand-Père qui les laisse s'expliquer.

 

Grand-Père m'emmena au jardin.

J'adore cet endroit, je le trouve magique car c'est toujours ici que commence les histoires de mon Grand-Père : je n'ai pour l'instant jamais rencontré sous une feuille de choux vert le petit lutin chanteur, ni la reine Tchou-Tchou sous le pied de rhubarbe mais je suis persuadé que Billy le lapin angora doit être caché quelque part avec son amie Viviane, la petite fée des bois et je laisse en paix Farfadet, un troll djinn aux pouvoirs magiques incomparables, qui est enterré sous un des trois lauriers !

Le jardin de mon Grand-Père, il est plein de magie !

 

- Ouah, Grand-Père : tu as planté de nouvelles fleurs ?

- Et oui, mon petit, rien que pour toi !

Il est gentil comme tout, mon Grand-Père !

 

Il m'énumère toutes les fleurs : il y a des glaïeuls aux couleurs diverses, des œillets pouets qui éclatent comme un feu d'artifice, des roses, du lilas sauvage, et ça sent bon la menthe fraîche et le thym ! Le jardin de mon Grand-Père est rempli d'odeurs !

C'est une marmite de mets succulents !

 

Dans la haie qui longe et entoure le jardin, il y a pleins de petits oiseaux qui ont élu domicile et pondent, il y a même quelques œufs déjà éclos et qui vont donner vie à de petits oisillons aveugles et tout nus !

Quand l'éclosion est faite, on regarde et ça nous donne pleins de piquants sur la peau…

 

- Rentrons, je vais te faire une collation !

 

Il fait bon dans la petite maison.

Grand-Père me fit asseoir sur une des grandes chaises droites qui tiennent le dos à la verticale et qui donne un air supérieur : j'aime pas trop ces chaises, quand tu y es assis trop longtemps, elles font mal au dos mais mon Grand-Père, il dit que c'est grâce à elles s'il ne paraît pas trop vieux !

Donc, je resterai assez jeune plus tard, moi aussi !

 

- Tu veux un bon chocolat chaud ?

- Oh oui, Grand-Père !

Mon Grand-Père, il sait bien cuisiner !

 

Il revient avec le chocolat chaud…

J'en bois une gorgée, ça brûle un peu mais c'est bon.

 

- Tu connais l'histoire de la vie ?

- Non Grand-Père, c'est quoi ?

- C'est l'histoire où l'on découvre que chaque être à son propre rôle sur Terre, rien n'a été inventé par le hasard !

- Et moi, je fais parti de l'histoire de la vie ?

- Plus tard, oui, quand tu seras grand comme ton père et ta mère !

- Et c'est quoi, l'histoire de la vie ?

 


" J'étais dans le jardin, il avait fait doux dans la nuit et la rosée brillait sur l'herbe et les petites toiles d'araignées se laissaient voguer par la petite brise matinale. Tout était silencieux, calme, même Jules et Clarinette dormaient encore, Gustave profitait déjà de la terre tiède pour rechercher son repas préféré, le lombric.

Les oiseaux gazouillaient un peu partout, la journée s'annonçait exceptionnelle.

J'avais planté des salades il y a quelques semaines et le temps favorable de cette nuit les avait rendu belles de tonus, elles étaient bien vertes avec un cœur bien tendre, à croquer! Ballot s'était allongé sur un coin de jardin, là où tombent les feuilles mortes qui lui servaient d'agréable matelas naturel, sa tête posée sur l'extrémité de ses deux pattes avant. Il me regardait tendrement.

Mes salades étaient devenues comme je l'avais prévu : rondelettes, dodues et j'en savourais déjà le goût. J'en arrachais une quand je vis une petite grenouille s'enfuir dans la haie, brusquement, me laissant échapper un petit cri qui fit relever la tête de Ballot, aux aguets.

 

- Une petite grenouille ? Qu'est-elle devenue, Grand-Père ?

- Elle a fait beaucoup de chemins, de découvertes, et a rencontré l'histoire de sa vie.

- Elle était humaine ?

Grand-Père rit un peu.

- Cela n'a rien à voir, petit : écoute bien ce qui va suivre !

 

" Je me saisis de la salade tombée au sol et, en sortant du jardin, je surpris des pleurs : c'était une grenouille, bien plus grosse que celle qui s'était sauvée. Elle pleurait à chaudes larmes. "

 

- Pourquoi elle pleurait, la grosse grenouille ?

 

" Je m'abaissais et lui parlais :

- Qu'avez vous, chère grenouille ?

- Je me suis disputée avec ma fille qui voulait découvrir la vie.

- Mais c'est bien, votre fille est curieuse !

- Trop ! Elle est partie à la quête du Monde ! Elle est jeune, elle ne connaît encore rien de la vie, elle ignore les mauvais côtés !

- Elle va revenir. Elle va regretter de vous avoir créer du chagrin et l'histoire de la vie recommencera comme avant !

- Je sais au fond de moi que je ne la reverrais plus : je viens de perdre ma petite grenouille !

Et la maman grenouille s'en alla, larmoyante.

 

- Et la petite grenouille, que lui est-il arrivé, Grand- Père ?

- Je sus bien plus tard les aventures de la petite fugueuse !

- Tu sais parler aux grenouilles ?

- Tu sais bien, mon petit, que mon jardin est magique !

- Tu m'apprendras un jour, Grand- Père ?

- Tu es encore trop petit mais promis : quand je ne pourrai plus te raconter d'histoires, je te confierai le secret.

- C'est vrai, Grand-Père, c'est vrai ?

Grand-Père souriait et je remarquait ses jolies dents blanches, comme neuves ! Je dois dire que mon Grand-Père il paraît pas si vieux, même s'il a parfois mal au dos !


- Est-ce que la maman grenouille était méchante ?

- Non, pas du tout ! La petite grenouille ne voulait en faire qu'à sa tête !

- Alors, maman grenouille a toujours été triste depuis ?

- Je pense, oui, je ne l'ai jamais revue mais je sais ce qui est arrivé à la petite grenouille !

- Comment tu sais ça, Grand-Père ?

- Tout le monde le sait : c'est le vent qui l'a suivit et c'est le vent que j'ai vu pleurer…

- Et tu n'as pas revu la petite grenouille ?

- Non, mais je sais grâce au vent qu'elle a vécu une aventure extraordinaire et qu'elle fut emportée par l'histoire de la vie, son destin, celui d'une rencontre fatidique !

- Mais c'est triste : pourquoi les elfes et les djinns ne l'ont pas aidé ?

- Ils ne restent que dans le jardin.

- Et alors ?

- Je vais te raconter…

 

" La petite grenouille se faufila dans la haie et ressortit de l'autre côté, restant béate devant la vue qui s'offrait à ses grands yeux : le Monde s'ouvrait à elle !

Le soleil rayonnait, nargué par quelques nuages filiformes qui se mouvaient devant l'astre tournesol, laissant une ombre s'aplatir sur les terres.

Elle reconnue les vaches qui meuglaient, broutaient, les oiseaux qui gazouillaient, volaient et toute cette herbe folle qui se balançait au gré du vent léger, comme une plume, doux comme une caresse et elle pensa à sa mère.

- Tu avais tort, maman : le Monde est merveilleux !

Elles suivit les conseils de sa mère : attention aux sabots des vaches qui pourraient l'écraser, se méfier du vol de l'oiseau avide de grenouilles…Elle eut une pensée nostalgique pour sa mère.

- Désolée, maman, je devais partir !

Elle bondissait de joie, de fierté et entra dans les herbes folles. Le petit vent léger et doux la suivit…

 

- Et elle allait où ?

- Vers son destin…

- Son destin ?

 

" Entrant dans les grandes herbes mouvantes, elle rencontra un petit lapin noir, aux yeux malicieux et à l'allure moqueuse.

- Bonjour, petite grenouille.

- Bonjour petit lapin.

- Tu vas où comme ça, petite grenouille ?

- Découvrir le Monde !

- Tu veux faire une course avec moi ?

La petite grenouille se méfia.

- Tu vas gagner : tu as de grandes pattes, tu seras déjà arrivé que je n'aurais pas fait un bond !

- Mais non, tu n'es pas une tortue : je te laisse gagner !

- C'est vrai ?

- Parole de lapin !

La petite grenouille fut heureuse et commença à faire ses bonds vers la victoire. Elle ne vit pas le petit lapin noir derrière elle et conclu en souriant qu'il avait tenu parole, ce qui la rendu triste quand elle s'aperçu du contraire à l'arrivée…

Le petit lapin noir l'attendait depuis quelques minutes…

- Je croyais que tu devais me laisser gagner !

- Impossible !

- Pourquoi ?

- Parce que c'est dans ma nature !

Et le petit lapin noir fila à toute vitesse vers l'horizon.

La petite grenouille espérait qu'elle rencontrerait des animaux moins méchants durant son aventure : cette pensée la rassura et elle continua son chemin…

 

" Elle bondissait de plus belle, découvrant un monde, son monde et elle était émerveillée de tant de beauté, ce sont surtout toutes ces couleurs qui la rendait béate d'admiration : ce mélange de bleu, de jaune, de vert, toutes ces fleurs qui chantaient des sérénades en se balançant au gré du vent léger, ce soleil devenu plus jaune et tous ces insectes dont elle ne connaissait même pas la moitié !

Dans la mare où elle habitait, il y avait des libellules bleues ou grises, des mouches dorées, des dytiques brillants, toute une faune où les grenouilles étaient reines et là, devant elle, s'envolaient d'innombrables insectes arc-en-ciel qui lui souriaient !

Elle savait au fond d'elle qu'elle avait eu raison de s'en aller de la mare…

 

" Elle arriva devant un grand chemin gris où des monstres énormes et bruyants passaient rapidement, avec plein de fumée nauséabonde. Elle ne savait comment faire pour rejoindre l'autre rive…

- Bonjour, petite grenouille !

La petite grenouille se retourna et vit un grand oiseau noir.

- Bonjour, monsieur le corbeau !

- Tu vas où comme ça, petite grenouille ?

- Découvrir le Monde !

Et le grand corbeau noir riait, jacassait de moquerie.

- Pourquoi vous moquez vous ainsi ?

L'oiseau se ressaisit

- Le Monde est en face de toi, petite grenouille, sur l'autre rive !

Ses yeux devinrent encore plus globuleux de joie.

- C'est vrai ?

- Parole de corbeau !

Un autre monstre fumant passa, vrombissant, terrorisant la petite grenouille.

- Je ne peux pas traverser sans me faire piétiner par ses monstres puants et immenses !

- Je vais te guider !

- Oh, merci, monsieur le corbeau !

Il s'envola, scruta le long chemin et cria à la petite grenouille qu'elle pouvait traverser, ce qu'elle fit, joyeusement. Mais les monstres surgirent, roulant à quelques millimètres de la petite grenouille qui bondissait de peur, effrayée et espérant arriver sur l'autre rive indemne. Elle y parvint.

Le corbeau se posa à ses côtés.

- Pourquoi avoir menti, j'aurais pu mourir !

- Parce que c'est dans ma nature !

Et le corbeau noir s'envola en croassant de rire vers l'horizon.

La petite grenouille ne comprenait pas pourquoi l'autre Monde était si méchant !

Elle continua malgré tout son aventure…"

 


- Pourquoi ils sont tous méchants, les animaux de l'autre Monde ?

- Ils le sont naturellement, comme les autres animaux !

- Mais non Grand-Père : la petite grenouille a dit que dans sa mare tout est joli !

- Sans doute, mais elle n'a pas dit que tout le monde était gentil…

 

Il avait raison, Grand-Père et moi, ça me perturbait car j'aimais bien la petite grenouille, je n'aurais pas voulu qu'on lui fasse mal, elle ne faisait rien d'autre que de découvrir…Et je m'imaginais en petite grenouille, j'imaginais le Monde qu'elle découvrit au fur et à mesure de son aventure, toutes ces couleurs, le soleil jaune et chaud, le vent doux et léger…Que cela devait être beau !

 

Mon Grand-Père se leva et prit un verre d'eau.

 

- Tu continue, Grand-Père ?

 

Il revint, me sourit, m'ébouriffa les cheveux, s'assit en face de moi. Il but une grande gorgée d'eau et continua.

 

" La petite grenouille regarda une dernière fois derrière elle et fut rassurée de la disparition du corbeau.

- Maman avait raison : il faut se méfier des autres animaux !

Elle continua son chemin.

Le ciel avait changé, l'azur était devenu un peu terne, les nuages avaient disparu et le soleil jouait à cache-cache avec lui-même. Le vent léger et doux devint un peu plus fort et les herbes folles s'agitaient avec fougue.

La petite grenouille ne s'inquiétait guère de ce changement de temps, elle savait que tout allait vite et que tout pouvait redevenir beau, ce gris fugace ne lui faisait donc pas peur ! Mais la petite grenouille était un peu fatiguée et elle avait soif.

Elle stoppa un instant sa course, se reposa et tendit ses oreilles. Elle savait écouter, entendre et sut qu'elle n'était pas loin d'une rivière ou d'une source. Sa maman lui avait appris comment écouter la nature et se concentrer en cas d'éventuel danger ou d'une recherche d'un point d'eau. Elle était fière de sa maman, la petite grenouille et elle s'ennuya un peu d'elle et elle se dit que quand elle aura bu, elle reviendra à la mare et racontera son aventure à sa maman adorée !

- J'ai trouvé !

Elle bondit de plus belle, heureuse et, après quelques sauts, elle arriva près d'une rivière.

- J'avais raison : je vais pouvoir me désaltérer avant de repartir vers la mare !

La rivière était grande, on ne voyait pas l'autre rive, seulement un mince trait, là-bas, au loin…

Il y avait des insectes, des grenouilles qui jouaient ensemble à  travers de grandes feuilles qui flottaient sur l'eau, comme des radeaux tranquilles, il y avait beaucoup de monde, cela lui rappela sa mare.

Elle se désaltéra.

- Bonjour, petite grenouille !

La petite grenouille se retourna.

- Bonjour, monsieur le scorpion !

L'arachnide était noir et avait des yeux rouges.

- Tu vas où comme ça, petite grenouille ?

- Découvrir le Monde !

- Il est juste en face de toi !

Elle regarda le trait.

- La-bas ?

- Oui, et c'est la fin du Monde.

- Merci, monsieur le scorpion, j'y nage de suite !

- Attends, petite grenouille !

Elle s'arrêta dans son élan et regarda le scorpion noir aux yeux rouges.

- Si tu vas dans l'autre Monde, peux-tu m'emmener avec toi ?

- Comment le pourrai-je ?

- En me portant sur ton dos !

La petite grenouille se méfia, elle se souvint du petit lapin et du corbeau.

- Mais vous allez me piquer !

Le scorpion rit aux éclats.

- Impossible, petite grenouille, sinon, je mourrai et me noierai au fond de la rivière !

Elle réfléchit.

- Vous avez raison : je veux bien vous porter !

- Merci petite grenouille, tu ne le regretteras pas !

Le scorpion grimpa sur le dos de la petite grenouille et celle-ci plongea dans l'eau, nageant à fière allure. La rivière était belle, les grandes fleurs se laissaient voguer par le friselis de l'eau, le petit vent léger était autour d'elle et, soudain, la petite grenouille ressentit comme une piqûre sur son dos.

- Vous m'avez piqué !

- Oui !

- Nous allons mourir tous les deux !

Le scorpion ne dit mot.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est dans ma nature !

Et la petite grenouille regarda le soleil une dernière fois et pensa fort à sa maman…Le temps était redevenu beau, l'ombre des nuages s'étalait de nouveau sur les terres et elle sourit avant de sombrer au fond de la rivière…

- Je regrette, maman, je t'aime…

Ce furent ses dernières paroles…"

 

Et moi, je pleurais car je ne voulais pas que meurt la petite grenouille, je voulais qu'elle découvre le Monde et vienne raconter son aventure à sa maman et à tous ceux qui habitaient la mare..

 

- Pourquoi elle est morte, grand-Père ? Elle était si gentille !

-Tu sais, mon petit, la petite grenouille était consciente du danger qu'elle allait rencontrer mais c'était son souhait le plus cher ! Si la petite grenouille avait écouté sa maman, rien de tout cela ne serait arrivé, elle serait devenue une grande grenouille et aurait été à son tour maman …

- C'est pas juste !

- Beaucoup de choses sont injustes dans la vie, mon petit, tu le sauras bien assez tôt.

- C'était donc l'histoire de sa vie, Grand- Père ?

- Hélas oui mais elle aurait pu attendre et sans doute aurait elle découvert l'autre Monde avec sa maman, comme celle-ci l'avait fait avec sa maman avant elle…

- Donc, il vaut mieux obéir à sa maman ou à son papa avant de faire des bêtises !

Mon Grand-Père rit et me serre fort.

- Tu as tout compris, mon petit !


Je suis grand maintenant.

La maison de mon Grand-Père est toujours aussi petite et elle est devenue ma maison. Jules, Gustave, Clarinette et Ballot ont rejoint Grand-Père et Grand-Mère au paradis, comme ils doivent être heureux d'être enfin tous réunis !

Je cultive son jardin comme il m'avait appris et j'ai de belles salades !

- Papa, papa !

Mon fils vient me rejoindre en courant et se blottit contre moi.

J'arrache une salade et je vis une grenouille se sauver…Je la regarde s'en aller derrière la haie et je sourit.

- Tu connais l'histoire de la petite grenouille ?

- Oh non, papa : raconte-moi !

Tags associés : petite, grenouille

J'kaz !
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Samedi 11 Août 2007Poster un commentaire
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